Accueillir le vide : l’art de la résidence sans pression

Édito de Sébastien

Sébastien Provencher © Alex Côté

La résidence de création, cet espace qui nous permet de plonger entièrement dans la recherche artistique, de s’abandonner à un rythme autre, de se laisser porter par nos intuitions, l’énergie du lieu, l’histoire et la mémoire des corps qui ont occupés ces espaces de création.

En juin dernier, j’ai eu le privilège d’être invité dans une résidence multidisciplinaire, la résidence Intersection, initiée par la compagnie Idylle Arts Vivants, une compagnie de création interdisciplinaire dirigée par Alex Hallé, en collaboration avec Improvise and Organise et l’Agit Lab de la municipalité de Águeda, au Portugal. Au cœur de cette ville, je me suis laissé porter par le rythme commun du groupe. N’ayant aucun impératif de production en fin de parcours, j’ai eu carte blanche ; invité à séjourner pendant un mois au Portugal et à cohabiter dans une villa avec d’autres artistes issus de disciplines variées.

Dès mon arrivée, j’ai perdu mes repères habituels de création. J’avais d’abord l’impression de tourner en rond, d’errer un peu trop, de me chercher des occupations, de devoir absolument être « productif » de mon temps.

À la Alta Vila, le temps est tout autre. Ici, on cherche, on flâne, on crée des projets éphémères, on échange sur nos pratiques, on crée des performances in situ, on aide ses collègues à filmer, à danser, ou même à peindre un mur de la ville en vue d’une œuvre murale. On crée des opportunités de rencontres qui peuvent laisser émerger des collaborations artistiques. Tout ça participe à l’expérience, vient nourrir l’artiste et la démarche artistique, dans une perspective de recherche plutôt que de production.

Rarement ai-je eu l’occasion de me retrouver dans ce type de résidence, sans pression de performance. La vie, loin de mes occupations montréalaises, s’est déroulée dans une bulle de création, entouré de cette famille de création éclectique. Le temps qui s’écoule, cette jachère créative qui s’installe, cette page blanche qui se remplit peu à peu, souvent de manière très inattendue.

Je rêve de plus d’espace de création comme celui-ci, de ces rencontres fortuites où naissent des collaborations spontanées plutôt que forcées, de ces amitiés fortes qui se tissent en un temps éclair, de ces échanges entre artistes de différentes disciplines, de ces influences multiples qui viennent nourrir la danse et nous permettent d‘affiner notre langage et notre pratique.

Je nous souhaite plus de temps et moins de pression liée à la « productivité ». D’apprendre à accueillir le vide, à apprivoiser la page blanche et à continuer de nous laisser guider par nos envies et nos intuitions. Prendre le temps de s’ennuyer, de flâner, de procrastiner, afin de faire émerger le sens profond de notre démarche artistique, au-delà des impératifs financiers.

Tout cela me ramène à l’essence même de l’art et de la danse : expérimenter l’instant présent, se reconnecter à nos sensations et à notre ressenti. Ce ressenti qui nous relie à l’humanité, à la beauté et à l’espoir.

Édito de Sébastien Provencher, extrait de l’infolettre de Lorganisme, septembre 2015.